vendredi 26 septembre 2014

Non, Andrew Coyne a simplement tort

Pour ceux qui ne connaissent pas Andrew Coyne, je le décrirais plutôt comme un auteur qu'un journaliste car, à mes yeux, il semble véhiculer une opinion plus souvent que rapporter les faits. J'ai aussi eu la distincte impression que les sympathies qu'il essaye d'invoquer dépendent du journal dans lequel son texte se fait publier, plutôt que d'être automatiquement les siennes. Mais pour ce qui suit, on va supposer que ce sont ces dernières qui prévalent.

Je ne peux pas dire avec certitude que M. Coyne écrit pour causer une réaction accrue de la part de ses lecteurs et lectrices, mais le résultat en est certainement ainsi. Et cette fois-ci, j'ai mordu l'hameçon. Voici l'échange sur Twitter que j'ai initié plus tôt cette semaine.
Je n'allais pas le laisser gagner en essayant de corriger ses erreurs en 140 caractères ou moins, donc j'ai répondu ainsi:
Donc je vais citer les parties de l'article original d'Andrew Coyne afin d'en réfuter le plus grand nombre de points, tentant ainsi de faire couler son argument au complet.

Comme je l'avais dit sur Twitter, dans l'article, M. Coyne tente de prouver que le référendum écossais récent, même avec sa question claire, n'était fondamentalement pas un exercice démocratique, surtout si l'exemple est suivi ici au Canada lors d'un éventuel troisième référendum de séparation du Québec. Il divise son argument en cinq points que je décomposerai afin de les réfuter.

D'abord, il dit ceci:
Even to talk of holding another referendum in Canada, first, suggests a strange definition of democracy is at work, the same that has held us in its sway since the first, in which a yes, however tentative, is the final word, but a no, however many times it is repeated, only means a la prochaine — or, as Alex Salmond, the Scottish National Party (SNP) leader put it, “at this stage.” (To be fair, I don’t believe a yes would be final, either. I think it would only mark the start of the real referendum, the continuing battle for public opinion through the months of chaos that would follow. So the No side were very likely being as deceitful as the Yes in claiming that a yes was “forever.” At least I hope they were.)
Baignons-nous d'abord dans la définition de démocratie alors, puisque sa première phrase y touche. Le wiktionnaire donne la définition de « régime politique dans lequel l'ensemble du peuple dispose du pouvoir souverain ». Cette définition rend un référendum (où les votes pour et contre sont comptés directement et le résultat en découle sans intermédiaire) un exercice plus démocratique qu'une élection de députés dans notre système uninominal à un tour (et probablement dans d'autres systèmes électoraux aussi). Un exemple particulier de ce dernier point s'est passé ici dans ma circonscription fédérale de Gatineau: en 2004, Richard Nadeau a perdu malgré ses 40,27% des votes de l'électorat, alors qu'en 2008, il a gagné avec 29,15%: ce sont des résultats inconfortables mais ils ne sont pas incontestés, et surtout personne ne les a qualifiés de non-démocratique.

Mais même si nous ignorons la définition inhabituelle de démocratie de l'auteur, il faut alors se demander en quoi la nature d'un référendum répété de séparation (dont la simple mention, on le rappelle, a sérieusement coûté au Parti Québécois la dernière élection générale) n'est pas démocratique. Et, strictement parlant, en quoi une séparation est-elle finale? Plus d'une province a joint la confédération depuis 1867, et Terre-Neuve a eu un référendum pour ce faire en 1948. Et même si elle est finale à cause de la réalité politique, en quoi n'est-ce pas démocratique? Le premier point de l'auteur tombe au complet.

Son deuxième point touche la clarté de la question, un point souvent revenu depuis la question du référendum québécois de 1995. Les fédéralistes en sont encore particulièrement amers, je pense.
Second, the question, much lauded though it was here for its clarity — “Should Scotland be an independent country?” — only appears so in light of the hilariously complex and misleading questions employed in our own triumphs of democracy. Any expert in public opinion polling could tell you it’s a slanted question: It plainly invites a yes. A fair question would present the two options, equally: Should Scotland become an independent country, or should it remain a part of the United Kingdom?
Comparer une question de référendum (à laquelle chaque côté de la question a des mois ou des années à se préparer) à une question de sondage téléphonique à laquelle on n'est pas préparé, ce n'est pas très honnête! Surtout dans le cas d'une question « oui » ou « non », pour laquelle les camps ont l'occasion de se former et de préparer des trousses d'information et des équipes de sollicitation, etc. Et encore plus important, les électeurs ont la chance d'étudier tous les matériaux pour faire une décision informée.

Mais même si on ignore ce détail-là, questionner la clarté de la question référendaire écossaise après le tollé qui a suivi la question référendaire québécoise, it's rich!  Il faut en avoir, du culot, surtout quand les fédéralistes convaincus (auxquels Andrew Coyne commence vraiment à ressembler) ont tant critiqué la question québécoise pour son manque de clarté. Et même si la clarté n'était pas un problème, le résultat de toute question de séparation est compliqué; rien de tel n'est simple, mais ça ne veut pas dire que le peuple ne saura pas faire un décision dont elle en assumera la responsabilité.  Son deuxième point tombe, lui aussi.

Dans son troisième point, l'auteur questionne la légitimité d'une simple majorité (50%+1):
Third, merely because the British prime minister was foolish enough to agree to 50 per cent plus one of the vote as sufficient mandate to begin negotiations on the breakup of the kingdom — assuming he was being sincere, and assuming the negotiations did not collapse and assuming a whole lot else that would probably not be the case — it does not follow that Canada is now obliged to accept that as a precedent.
The arguments that led the Supreme Court to require a clear majority as one of the conditions, alongside a clear question, of the (entirely made up) duty to negotiate on the part of the rest of Canada (whoever that is, constitutionally), still hold. The Clarity Act, which slyly turned this on its head — from requiring negotiations in the event of a clear majority, to banning negotiations without it — is still the law of the land. And, as is increasingly widely acknowledged in Quebec, such a narrow and divisive majority could not possibly be sufficient to launch the province on such a perilous adventure. (Opinion polls in the province point to 60 per cent as a bare minimum, with a substantial number preferring 75 per cent.)
Évidemment, lorsqu'un pays en voie d'être réduit réalise que la possibilité que le « oui » gagne le référendum de séparation est bien présente, ceux qui y sont contre feront tout ce qu'il peuvent pour l'empêcher. C'est pour ça que des fédéralistes convaincus insisteront pour changer les règles, par exemple seuil de 60% ou 75% en faveur, et ainsi de suite. Pour reprendre le point que j'ai amené plus tôt, c'est particulièrement intéressant de voir ces fédéralistes insister pour un seuil plus élevé que 50% alors que c'est parfaitement démocratique si leur parti préféré gagne une majorité de sièges dans la Chambre des communes sans même approcher 50% des votes: en 1997, les Libéraux de Jean Chrétien ont eu 155 des 301 sièges (51,50%) avec seulement 38,46% des votes; en 1993, c'était encore pire: ils ont eu 177 des 295 sièges (60%) avec 41,24% des votes. M. Coyne sera-t-il le premier à contester la légitimité d'un gouvernement libéral sous Justin Trudeau qui gagnerait une majorité de sièges avec 40% des votes au lieu de 60% ou 75%?

C'est dans le quatrième point que l'auteur de l'article ose dire qu'un exercice fondamentalement démocratique (comme je l'ai expliqué plus tôt) avec une question claire n'est pas démocratique:
But — point four — even a clearer question, and even with a clear majority, it still wouldn’t alter the fundamentally undemocratic premise of the enterprise: namely, that the fate of the whole country may be decided by the vote of a small minority. Had the Yes carried the day in Scotland, it would have been with the support of perhaps 1.8 million out of the United Kingdom’s 64 million citizens. The rest were forced to watch, helplessly, as their own futures hung in the balance.
We have all been seduced by the formalities — the holding of a vote, with ballot boxes and scrutineers and the rest — into thinking these affairs are actually based on some sort of democratic principle. But just because you hold a vote on something doesn’t make it democratic, not in any legitimate sense. For example, you can’t vote to help yourself to something that isn’t yours, and you can’t vote to decide the fates of others, not party to the vote.
Donc ce n'est pas démocratique car le reste du pays n'est pas d'accord? Sauf que le Canada n'est pas unitaire comme l'Irlande et d'autres. Nous avons, en théorie, une confédération où les pouvoirs fédéraux sont limités. Contrairement aux autres provinces, le Québec a réussi à faire prévaloir sa juridiction dans les domaines garantis par la constitution. Il faut que l'union des provinces soit reconnue comme volontaire pour le bénéfice que ça représente à tous, et aussi pour en assurer sa réelle légitimité. Ce qu'on observe, par contre, c'est que plusieurs fédéralistes pensent que le gouvernement fédéral est et doit être un pouvoir central fort agissant de manière décisive pour maîtriser ses enfants rebelles. (Tiens, cette attitude commence à ressembler un peu à Irak sous Saddam Hussein, qui devait agir d'un bras de fer pour permettre à sa minorité sunnite de contrôler le pays de majorité chiite!)

L'auteur continue:
Yet that is precisely what separatists in Canada and the U.K. have attempted to maintain: that they could vote, not to “leave” the country, as it is sometimes put, but to take a part of the country with them, and that the rest of the country, including the vast majority of its citizens, had no choice but to accept whatever the minority decreed. This may be called many things, but democratic isn’t one of them. If it’s democracy we’re interested in, then any decision to break up the country should be for all of the country to vote on, not just a part of it.
Et là-dedans, on entrevoit ce joyau de l'idéologie orangiste que détestent tant de gens: j'y lis que l'auteur aimerait plutôt que les Québécois « retournent en France » (pour citer d'innombrables commentaires que j'ai lu dans les médias nationaux anglophones du Canada) que de nous avoir comme voisins. Sans compter le fait que nous sommes nombreux à ne pas être Français (moi-même, j'ai passé les 21 premières années de ma vie comme franco-ontarien, et mes parents ont immigré il y a 34 ans), on y sent le sens traditionnel de suprématie des Anglais protestants sur les peuples qu'il ont géré tant de siècles. (Notons que même si c'étaient les Orangistes qui s'en prenaient violemment aux Irlandais catholiques en Ontario au XIXe siècle, et qu'ils ont entre autres réussi à éliminer la parade de St-Patrick à Toronto pendant de nombreuses années malgré le grand poids démographique des Irlandais, je reconnais bien que la grande majorité des gens de souche anglaise et de religion protestante n'expriment pas de telles haines.)

Mais la réalité légale est simple: le Québec est présentement une province, qui possède et contrôle la plupart de son territoire, et alors que le Canada est divisible dans le cas d'un référendum de séparation d'une province, le Québec lui-même n'est pas divisible de la même façon (sans passer par une réforme constitutionnelle qui serait inutile lors d'un succès référendaire).  Le quatrième point de l'auteur tombe, lui aussi, à son tour.

(Le cinquième point de l'auteur ne touche que la situation constitutionnelle très particulière du Royaume-Uni, donc il n'a pas d'impact sur la valeur de l'argument de l'auteur dans le contexte canadien.)

En conclusion, puisque j'ai pu contrer chacun de ses points, c'est clair que l'auteur Andrew Coyne exprimait plutôt ses sentiments personnels par rapport au référendum écossais et à un éventuel référendum québécois que la réalité constitutionnelle politique.

Quand il dit qu'un référendum à question claire n'est pas démocratique, il a simplement tort.

lundi 22 septembre 2014

Roger Fleury en prison pour aucune bonne raison

(Crédit photo: ICI Ottawa-Gatineau sur Twitter; lien)

Il y a quinze jours, j'ai eu le grand plaisir de pouvoir être accueilli au site archéologique du 823 rue Jacques Cartier à Gatineau, occupé depuis mi-août par des autochtones qui réclamaient de continuer la fouille archéologique cessée trop subitement, ainsi qu'une meilleure protection du site.  On m'a expliqué en détail les revendications et des idées de ce qui pouvaient être fait avec le site pour le protéger et le mettre en valeur.

Mais jeudi dernier, il y a eu arrestation de six des occupants du site en question, suivant leur refus d'accepter l'injonction interlocutoire provisoire, obtenue de la Cour supérieure par la ville de Gatineau, ordonnant aux occupants du site de quitter les lieux avant 17h30 cette journée-là.  Les six (dont le Chef des Algonquins hors-réserve de Fort-Coulonge Roger Fleury, la militante saskatchewannaise pour les droits autochtones Audrey Redman, et le militant Robert Marois [source]) se sont fait arrêter sans confrontation ni incident par plusieurs dizaines de policiers, dont le travail de quelques uns n'était que de regarder les événements, à voir les images aux nouvelles [source].

Chacun des six a été accusé de méfait selon l'article 430.1 du Code criminel du Canada.  Parmi les six, seulement Roger, qui a notamment agi comme porte-parole des manifestants, était encore détenu vendredi matin car il avait refusé les conditions imposées par la Cour supérieure, c'est-à-dire de se tenir à 100 mètres du site (823 rue Jacques Cartier), de garder la paix et bonne conduite, de ne pas entrer en contact avec les coaccusés, ainsi que de se soumettre à un couvre-feu chez lui de 23h à 6h [source].  Les articles de nouvelles n'indiquaient pas combien de temps ces conditions seraient en vigueur, mais il est su que l'injonction interlocutoire provisoire est en vigueur pendant dix jours [source].

Roger comparu devant une juge vendredi à 14h30, pour une session durant laquelle la juge lui a demandé la même chose que les policiers, c'est-à-dire qu'il respecte les conditions de l'injonction, afin qu'il puisse être libéré.  Roger a indiqué son refus, voulant dire qu'il reste détenu (donc en prison, comme il s'en disait prêt) jusqu'à lundi, pour une comparution d'une durée d'au moins quatre heures pour enquêter pour sa libération [source].  Avec la longue participation civique de Roger, le maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin aurait dû s'attendre à ces événements, et aurait dû s'asseoir autour du feu sacré pour avoir une discussion franche avec les autochtones pour résoudre la situation sans les arrestations.

Ceux qui ont suivi Roger depuis le début de ses années politiques savent combien de fois il a été en cour pour se défendre, pendant les 3 dernières décennies, le plus souvent contre des ministères et agences gouvernementales.  Après avoir été eu par un certain avocat qui le représentait (car, on se le rappelle, les juges sont d'anciens avocats, donc inévitablement plusieurs se connaissent), il s'est représenté lui-même.  Son expérience est telle qu'il a réussi gain de cause à la Cour d'appel du Québec avec dépens, surprenant plusieurs avocats.  Donc j'ai raison de penser que, d'une certaine façon, il va s'amuser en cour lundi.

Mais, en attendant les développements de sa journée en cour ce lundi, revenons aux arrestations de jeudi soir.  Les forces de l'ordre ont semblé avoir eu le bon sens de donner aux occupants dix minutes pour quitter le site avant de procéder aux arrestations.  On a appris que plusieurs occupants ont décidé de quitter le site à la dernière minute.  On peut imaginer la raison: une accusation de nature criminelle peut immédiatement ruiner les perspectives d'emplois.  Les menaces d'accusations criminelles sont donc suffisante pour freiner la participation publique dans les manifestations.  Ce qui attend les accusés de méfait, dans ce cas-ci Roger Fleury, c'est jusqu'à dix ans de prison.

Que ce soit dix ans de prison ou trois jours de détention en vue d'une audience pour enquête de libération, ces dépenses judiciaires (payées par vous et moi) sont complètement inutile, puisque le site archéologique n'est pas accessible (étant entouré de clôture et surveillé 24/7 par des policiers en voiture et par des caméras installées aux frais de la princesse).  Mais peut-être faut-il plutôt en retirer que l'État, peu importe le niveau de gouvernement qui l'incarne, imposera toujours sa volonté, avec autant de manifestants en prison que nécessaire.

lundi 25 août 2014

Les protecteurs des anciennes machines

Il fait environ 25 ans maintenant que j'utilise régulièrement des ordinateurs, pour le travail autant que pour le loisir.  Je les utilise d'ailleurs si fréquemment que j'apprécie particulièrement de pouvoir m'en écarter pour 24 heures consécutives.

Le premier ordinateur que je pouvais utiliser régulièrement n'était nul autre qu'un Amiga 500.  Comme bien des amateurs d'Amiga, mes propos ressemblerons très fort à des éloges romantiques et nostalgiques.  Mais nombreux sont ceux, comme moi, qui décrivent les ordinateurs Amiga et le système d'exploitation en partie sur ROM (Kickstart), en partie sur disque (Workbench) comme étant si en avance de leur temps (on peut penser à des animations en couleur synchronisées à du son à 4 canaux alors que tous les autres ordinateurs en 1985 étaient encore au monochrome) que la série d'ordinateurs n'a pas pu trouver un succès commercial et a cessé production vers le milieu des années 1990.

L'Amiga 500 en question est encore chez moi, à la cave.  Je l'ai testé, il y a quelques mois, avec des jeux des années 1980, qui fonctionnent encore sans problème.  Ça aide, évidemment, qu'il n'y ait aucune pièce mobile sauf pour le lecteur de disquettes.  Les ordinateurs étaient bâtis pour durer, et le même modèle était vendu pendant plus d'une année.

Cette belle machine n'est qu'une d'une trentaine de pièces de musée (j'ai arrêté de compter) qui se reposent, inutilisées, à la cave, chez moi.  Mais occasionnellement, comme si je n'en avais pas assez, je fais un tour à un marché au puces pour y trouver une relique, généralement datant d'il y a cinq ou dix ans.  Puisque mon intérêt en ces machines est généralement limité à un de mes domaines d'expertise (la gestion de réseaux et de systèmes), des desktops d'il y a cinq ans sont amplement suffisants.

En parallèle, depuis 2003, faisant face des distros de Linux qui se démarquent les unes des autres par leur grande taille et exigences en mémoire vive et en espace de disque, tout en essayant alors de faire un routeur et serveur d'un 486 datant de 1994 que j'ai acheté en 2002 au prix de 20$, j'ai commencé ma propre distro de Linux. Sans compter le fait qu'il doit bien s'agir d'une des distros les moins utilisées au monde, une des choses qui la démarquent doit se trouver dans le fait que les versions des outils sont, dans biens des cas, des versions anciennes mais très stables.

Cela s'est surtout fait sentir la fin de semaine passée, alors que j'essayais d'améliorer la flexibilité du processus de démarrage. Ma stratégie initiale consistait d'utiliser le concept relativement récent du initramfs, selon lequel un "disque" en mémoire vive sans réelle limite logique de taille permet d'initialiser des disques (p.ex. RAID, LVM, un disque chiffré).

C'était exactement ce dont j'avais besoin, donc, me basant sur le wiki de Gentoo, j'ai commencé à assembler ça. Rendu au script d'initialisation, ça disait d'utiliser switch_root. Je ne le trouve pas dans mon installation de Linux, donc j'y vais plutôt avec pivot_root comme en 2006 (lorsque j'ai dû m'amuser à configurer Linux avec un hardware RAID avec le chipset de NVIDIA). Comme mon arrangement, cette fois-ci, était beaucoup plus simple, je me disais qu'il n'y à rien là.

Je ne dois pas attendre longtemps pour voir que pivot_root ne fonctionne pas. Les forums clarifient que pivot_root ne fonctionne pas avec le système de fichiers rootfs, et suggèrent de passer à switch_root.

Donc je m'amuse à quérir la plus récente version d'util-linux sur kernel.org. Je lance la compilation, et assez vite, je vois que switch_root ne peut être bâti que si une certaines fonctions sont disponibles dans la librairie C. La version de glibc requise serait 2.7, alors que j'en suis à 2.3.6 depuis une dizaine d'années (depuis lors, j'ai gardé les versions les plus stables des librairies clés).

Donc il faut que j'oublie initramfs pour plutôt m'amuser avec initrd, l'ancêtre d'initramfs. Mais la documentation disponible sur internet a bien changé depuis 2006: trouver des exemples concrets et complets d'initrd est bien moins facile. La plupart des exemples proposent d'utiliser des mécanismes existants dans les distros pour lesquels ils ont été écrits, alors que ma propre distro ne comporte encore aucun tel mécanisme. (Il va sans dire que je m'en occuperai, là!)

Donc voici la formule magique:
1. Créer un fichier vide de la taille d'un "RAM disk" (/dev/ram?*) tel que défini dans le noyau (4 Mo par défaut) :
  dd if=/dev/zero of=initrd bs=1k count=4k

2. Nous utiliserons le mode loop pour faire du fichier image un device utilisable. Si loop est compilé comme module au lieu d'être intégré au noyau, chargeons-le si ce n'est pas déjà fait:
  modprobe loop

3. Faisons du fichier image un /dev/loop?* et conservons-en l'identité :
  LOOP_DEV=`losetup -f initrd --show`

4. Formattons l'image. J'utilise ext2 pour la simplicité:
  mke2fs $LOOP_DEV
(Notons qu'il y a moyen d'utiliser certains paramètres, ou encore d'autres FS, pour maximiser l'espace disponible.  L'exercice est laissé au lecteur ou à la lectrice!)

5. Accédons à l'espace de l'image:
  mkdir initrd_dir
  mount $LOOP_DEV initrd_dir

6. Créons la structure des répertoires de base et ajoutons-y les fichiers essentiels:
  pushd initrd_dir
  mkdir bin dev etc lib mnt sbin
  cp -a /dev/{console,null,tty) dev/
  touch etc/mtab
  cp -a /bin/{bash,mount,umount} bin/
  cp -a /usr/sbin/chroot /sbin/pivot_root sbin/

7. Il faut y ajouter le « device node » pour la racine réelle du système de fichiers, dans notre cas, hda3 :
  cp -a /dev/hda3 dev/

8. Les programmes de l'étape 6 ont été bâties et liées à des librairies dynamiques qu'il faudra copier :
  cp -a `ldd bin/* sbin/* | grep /lib/ | awk -F"=>" '{ print $NF }' | awk '{ print $1 }' | sort | uniq` lib/

9. Les librairies copiées sont parfois des liens, donc il faudra aussi copier les vrais fichiers:
  for name in `ls -l lib/ | awk -F" -> " '{ print $2 }' | sed -e '/^$/d'`; do
      cp -a /lib/$name lib/
  done

10. Il faut ensuite créer le script d'initialisation et le rendre exécutable.  Ajustez le contenu tel que nécessaire :
  cat >linuxrc <<EOF
#!/bin/bash
export PATH=/sbin:/bin:/usr/sbin:/usr/bin

# Mount real root filesystem
mount -t auto /dev/hda3 /mnt    # Change the real root device as required

# Pivot to real filesystem and run the real init
cd /mnt
pivot_root . mnt/oldroot    # Change this "put_old" directory as required
exec chroot . sh -c 'umount /mnt/oldroot; exec /sbin/init' \
    <dev/console >dev/console 2>&1
EOF
  chmod +x linuxrc

11. Tout y est, donc nous pouvons fermer l'image :
  popd
  umount initrd_dir
  losetup -d $LOOP_DEV

12. Et là nous comprimerons l'image et la mettrons au bon endroit :
  gzip -9 initrd
  cp initrd.gz /boot/

13. Pour l'utiliser, il faut l'ajouter dans la configuration du Linux loader, tout en devant spécifier le script d'initialisation. Donc par exemple, si on utilise LILO, la section de lilo.conf pour notre installation pourrait avoir l'air de ceci :
  image = /boot/vmlinuz
       label = linux
       root = /dev/rd0
       initrd = /boot/initrd.gz
       apprend = "init=/linuxrc"

14. Il faudra aussi que le noyau Linux soit configuré pour s'attendre justement à l'utilisation d'initrd, et que le pilote RAM disk soit compilé dans le noyau.

15. Si nécessaire, faire en sorte que le Linux loader soit au courant de la nouvelle configuration.  Avec lilo, il est nécessaire de mettre à jour le MBR, et voici la façon dont nous le faisons :
  lilo

Et en principe, tout devrait baigner dans l'huile. On peut ensuite faire évoluer le principe pour des situations plus compliquées.

Alors qu'en tout et pour tout, cet arrangement de style plutôt historique fonctionne bien, la charge de travail associée au maintient des pratiques historiques croît progressivement au cours des années, et il revient à un petit nombre d'individus comme moi de préserver la pratique non seulement en documentant et partageant, mais aussi en utilisant ces pratiques.

mardi 21 janvier 2014

(Political) Climate Change Required

As member and former candidate for both the Green Party of Québec and the Green Party of Canada, I've heard things in many colours.

One of the things I heard most often was when I was going door-to-door to get endorsement signatures to be allowed to run as candidate. This exercise generally occurred between getting home from work (about 6 pm) and 8:30 pm. Occasionally, a young adult joked that he thought that Green Party referred to pot.

But one subject I only saw in the media was the climate change question. As Green Party member, it's clear that's right up my alley.

Though the climate change fight is entirely justified, environmental groups (including some green parties in recent years), in a very saturated media context, decided to adopt a communication strategy which reminds me of Aesop's "The Boy Who Cried Wolf". Their strategy has been abused over the years to the point that few people actually care enough about the environment to make it a defining political issue.  This leads some writers to call the large majority of scientists "climate alarmists" (« alarmistes de climat »).

Ultimately, the problem faced by the environmental movement is that scientific arguments, no matter how valid, cannot hold against the barrage of misinformation we are faced with. Moreover, individual members of the Canadian voting population are simply insufficiently affected by climate change. It is easy to imagine the things we have certainly all heard already:
  • "It gets so cold in winter in Canada, it won't hurt us to warm up a bit"
  • "It won't affect me during my lifetime.  Might as well keep driving my big polluting van/hummer."
  • "It's -25C today.  It's clear there's no global warming."

Of course, climate change (global warming due to greenhouse gas (GHG) emissions from human sources) are only a symptom of industrialization, which could only happen due to the availability of fossil fuels, especially coal, petroleum and natural gas.

And this is where I'm going with this: political fights should spend their time at the source of the issue, fossil fuels, a real imminent geopolitical issue, instead of spending so much time talking about a visibly benign symptom, the GHG emissions.

And while a country like Canada with its large fossil fuel reserves might not be the first place affected, the primary factor, namely Hubbert's Peak, is inevitable and will impose a reduction in the availability of these fuels in upcoming years.

Therefore, while the increase in GHG emissions and their impact are certainly inevitable, they matter little to the direction we should take with regard to fossil fuels. Since our petroleum production cannot, by itself, adequately fulfill Canadian use (and even if it did, it would decline eventually), and since a decline in petroleum availability implies serious economic consequences, the best idea is to reduce our dependency on petroleum before we're forced to, by its future reduced availability.

I believe all political parties should put particular emphasis on the need to the elimination, to the extent possible, the use of fossil fuels. This should have two principal components:
  • Make the production and use of fossil fuels more expensive by taxing emissions of the 700 largest Canadian emitters of GHG (this comes from the Green Party of Canada program);
  • Put in place necessary programs and policies to be able to drop fossil fuels altogether.  This is a complex issue because of the various uses of those fuels, including transport, agriculture, construction, etc.

Note that it's not just a matter of replacing fossil energy with renewables. There are good reasons why petroleum and its derivatives (liquid fuels) were not replaced by nuclear energy as was predicted by some before the 1980s. Liquid petroleum-based fuels are simply too convenient, portable and not expensive enough to be definitely replaced by alternatives.

But there's also the question that the way North American infrastructure was developed guarantees our dependency to personal vehicles and makes it impossible for proper public transit system to be profitable. The large size of modern houses and the distance between each of them in large residential neighbourhoods where getting around on foot is unrealistic for most, and city buses whose schedules make us lose countless hours of precious time ... those are investments in infrastructure which put us into debt in a peculiar way: our future use of fuel for transport will be excessive (see James Howard Kunstler's books, of which The Geography of Nowhere), while our fossil fuel consumption should have already been down since decades if we wanted to adapt without negative consequences to our North American way of life (see the Hirsch Report).

In effect, especially in North America, we are already stuck with the consequences of decisions taken a long time ago. The increase in carbon dioxide in the atmosphere and the steady increase of the planet's average temperature is inevitable no matter what we do, but we can and should do whatever it takes to reduce, as fast as possible, our use of fossil fuels.

The economic and social advantages are obvious:
  • Importing less fossil fuels = keep more wealth where we live;
  • Using less fossil fuels = reducing the polluting emissions;
  • More compact cities = a population in better health;
  • Eliminating our dependency on fossil fuels = being reading for the post-petroleum age.

We should be ready in advance rather than be forced to make the same changes later.

mardi 14 janvier 2014

Changement de climat (politique) nécessaire

En temps que membre et ancien candidat du Parti vert du Québec et du Parti vert du Canada, j'en ai entendu de plusieurs couleurs.

Une des choses plus courantes que j'ai entendues, c'était quand je faisais le porte-à-porte en soirée pour aller chercher les nombreuses signatures. Cet exercice se faisait généralement entre mon retour du travail (vers 18h) et 20h30. Occasionnellement, un adulte assez jeune blaguait que le Part vert faisait particulièrement référence au cannabis.

Mais un sujet que je n'observais que dans les médias, c'est bien sûr la question des changements climatiques. En temps que membre des partis verts, c'est clair que je baigne dans la lutte contre les changements climatiques.

Même si cette lutte est entièrement justifiée, les groupes environnementaux (incluant, dans les années précédentes, certains partis verts), dans un contexte médiatique très saturé, ont décidé d'adopter une stratégie médiatique qui rappelle la fable d'Ésope nommée Le garçon qui criait au loup. Cette stratégie a été abusée au fil des ans au point que peu de gens prennent l'environnement assez sérieusement pour en faire un enjeu politique définitivement prioritaire. Cela mène des chroniqueurs à traiter la très grande majorité de scientifiques d'« alarmistes de climat ».

Le problème auquel fait face le mouvement environnementaliste, c'est que les arguments scientifiques, si justifiés soient-ils, ne tiendront jamais contre les barrages de désinformations. De plus, il y a toujours les facteurs de l'impact immédiat insuffisant sur les individus. On peut imaginer les réponses que l'on a déjà sûrement tous entendues:
  • « Il fait déjà si froid au Canada, ça ne ferait pas du mal, un peu de réchauffement. »
  • « Ça ne m'affectera pas lors de ma vie.  Autant profiter de mon gros char polluant. »
  • « Il fait -25C aujourd'hui.  C'est clair qu'il n'y a aucun réchauffement climatique. »
Évidemment, les changement climatiques (et on parle ici du réchauffement planétaire dû aux émissions de gaz à effet de serre (GES) causées par l'activité humaine) ne sont qu'un symptôme de l'industrialisation, qui n'a pu avoir lieu que grâce à l'usage de combustibles fossiles, dont surtout le charbon, le pétrole et le gaz naturel.

Et voilà où j'en viens: les combats politiques devraient passer leur temps à toucher la source du problème, les combustibles fossiles, un réel enjeu géopolitique imminent, au lieu de se concentrer sur le symptôme visiblement bénin que sont les émissions des GES.

Et alors qu'un pays comme le Canada avec ses nombreuses réserves de combustibles fossiles n'est pas nécessairement le premier endroit à être affecté, le facteur primaire, le Pic de Hubbert, est inévitable et imposera une réduction de la disponibilité de ces combustibles dans les années qui viennent.

Donc, alors que l'augmentation des émissions de GES et leurs impacts sont certainement inévitables, cela devrait importer peu quant à la direction que nous devrions prendre collectivement par rapport aux combustibles fossiles. Puisque la production pétrolière ne peut pas, en soi, adéquatement combler l'usage canadien (et que même si elle pouvait, comme toute production, elle décline après un certain nombre d'années), et qu'une réduction de sa disponibilité comprend des conséquences économiques, la meilleure idée est de réduire notre dépendance du pétrole plus vite que sa disponibilité mondiale chute.

Selon moi, tous les partis politiques devraient mettre emphase sur l'élimination, autant que possible, de l'usage des combustibles fossiles. Cela devrait comporter deux volets principaux:
  • Rendre la production et l'usage des combustibles fossiles moins rentable avec une taxe sur les émissions des 700 grands émetteurs canadiens de GES (cette suggestion ressort du programme du Parti vert du Canada);
  • Mettre en place les programmes et politiques nécessaires pour ne plus dépendre des sources d'énergies fossiles. Cela consiste en fait de plusieurs approches en parallèle car il y a transport, agriculture, construction, etc.
Notons que ce n'est pas seulement une question de changer d'énergies fossiles à des énergies renouvelables. Il y a une bonne raison que le pétrole et ses dérivés (les hydrocarbures liquides) n'ont pas été remplacés par l'énergie nucléaire tel qu'il avait été entrevu avant les années 1980. Les hydrocarbures liquides sont simplement trop pratiques, portatifs et encore trop peu chers pour définitivement laisser leur place à des alternatives.

Mais il y aussi le fait que la façon dont les infrastructures nord-américaines ont été développées garantit notre dépendance aux véhicules personnels et ne permet pas un transport en commun dont les revenus couvrent ses dépenses. La grande taille des maisons et la distance entre elles dans de grands quartiers résidentiels où les déplacements à pied sont irréalistes pour la plupart des résidents, et des autobus municipaux dont la fréquence horaire fait perdre d'innombrables heures aux passagers, voilà des investissements dans des infrastructures qui nous endettes d'une façon particulières: notre futur usage exagéré de carburant pour se déplacer (voir les livres de James Howard Kunstler, dont The Geography of Nowhere), alors qu'il aurait fallu déjà réduit notre consommation depuis des décennies si on voulait pouvoir s'adapter sans conséquences négatives significatives sur le mode de vie nord-américain (voir le rapport Hirsch).

Effectivement, surtout en Amérique du Nord, nous sommes déjà pris avec les conséquences des décisions prises il y a longtemps. L'augmentation de la concentration de bioxyde de carbone dans l'atmosphère et l'augmentation de la température moyenne de la planète est inévitable peu importe ce que nous faisons, mais nous pouvons et devons faire le nécessaire pour réduire aussi tôt que possible notre consommation de combustibles fossiles.

Les avantages économiques et sociaux y sont évidents:
  • Réduction des importations de combustibles fossiles = garder la richesse chez nous;
  • Réduction de l'usage des combustibles fossiles = réduction des émissions polluantes;
  • Des villes plus compactes = une population en plus grande santé;
  • Élimination de notre dépendance aux combustibles fossiles = être prêts au monde post-pétrolier.
Il faut d'abord se rendre à l'évidence qu'une transition pour s'éloigner des combustibles fossiles est à notre avantage, mais il faut surtout se rappeler que cette transition est inévitable. Si nous ne réduisons pas notre usage volontairement, ce « choix » nous sera simplement imposé quelques années plus tard, à plus grand coût.

Il serait bien mieux d'être prêts bien en avance pour éviter un sale ajustement.